Chronique 29

1390 - Le Manuscrit Regius

Partie 1

En ce temps là, Charles VI le Fol règne de concert, en France, avec Isabeau de Bavière. Le roi Richard, fils aîné du Prince Noir veille au destin de l’Angleterre. Un clerc – ou plusieurs, peut-être – de la région des Midland s’attelle à la composition d’un poème, long de quelque 800 vers, en vue de conter l’histoire et d’établir les statuts des maçons du royaume.

« Ici commencent les statuts de l’Art de Géométrie, selon Euclide…

« En ce temps là, de par la Géométrie,

« Cet honnête métier qu’est la Maçonnerie

« Fut conçu, constitué et organisé

« Par une noble assemblée de clercs… »

Le Regius – tel est le titre communément donné au poème qui comporte six parties : d’abord une brève histoire de la Maçonnerie, ensuite les statuts de la corporation des bâtisseurs, une évocation de la vie des quatre Couronnés, la cons­truction de la tour de Babel, un éloge des sept Arts libéraux, enfin un code de savoir-vivre. 

C’est, selon le texte historique, « par la bonne science de Géo­métrie » que com­mença le métier de la Maçon­nerie. Euclide le fonda au « pays d’Égypte » d’où, de nombreuses années plus tard, il gagna l’Angleterre « au temps du bon roi Athel­stan » – qui fit construire des ma­noirs et des temples de grand renom pour honorer son Dieu, « de tout son cœur ». 

Dans la partie consacrée aux statuts de la corporation, il est notamment précisé que le maître ma­çon doit être digne de con­fiance, constant, loyal et sincère ; on doit pouvoir se fier à lui. Il a no­tam­ment pour obligation de rémunérer ses ouvriers en fonction du coût de la vie.

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Partie 2 - Les Obligations du Maçon

Le Manuscrit Regius, encore appelé Manuscrit Halliwell,   dresse, en ces termes, les obligations du maçono:

• Ne pas prendre d’apprenti pour une durée inférieure à sept années ; ne pas engager un serf, un bâtard ou un infirme –  l’apprenti devant être de bonne naissance.

• N’abriter ni voleur ni meurtrier sur le chantier.

• Ne pas léser le seigneur, ne pas prendre l’ouvrage d’un autre, ne pas dénigrer ses compagnons, enfin ne pas payer un apprenti autant qu’un compagnon. 

Si le maître a des devoirs envers les ouvriers qu’il emploie, les compagnons et les apprentis n’en ont pas moins envers le maître :

• Ne causer aucun préjudice au métier ou au maître,

• Ne jamais coucher avec la femme ou la concubine du maître ; jurer à celui-ci obéissance et fidélité, 

Mais surtout : 

• L’apprenti doit garder secret tout ce que son maître lui dit et tout ce qu’il entend ou voit en « Loge ».

• Si un maçon, qu’il soit maître, compagnon ou apprenti, transgresse ses obligations, ou mène une vie dissolue, il sera convoqué devant une as­semblée de la corporation et éventuellement exclu de celle-ci. 

Le Manuscrit Regius doit son nom au fait qu’il appartint  à la bibliothèque royale d’An­gleterre, avant d’ê­tre offert par le roi George II (1683-1760) au British Museum. Il est également con­nu sous le nom de Manuscrit Halliwell, pour avoir été publié, en 1840, par un certain James O. Halliwell. 

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© Guy Chassagnard - Auteur de : La Légende d'Hiram (Éditions Pascal Galodé, 2013).

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