Chronique 35

1459 - Les Statuts de Ratisbonne (1)

C’est en 1459, le 25 avril précisément, que se manifestent pour la première fois à notre connaissance les tailleurs de pierre et les maçons de l’Empire d’Allemagne, au sein d’une même confrérie.

 Réunis dans la ville de Ratisbonne, ville située sur les rives du Danube, ils y élisent Jobst Dotzinger, maître d’œuvre de la cathédrale de Strasbourg, président, juge et grand maître de toutes les Grandes Loges (Bauhütten) du Saint-Empireo: les principales étant celles de Strasbourg, Cologne, Constance, Salzbourg, Vienne et Berne. 

Ils y adoptent encore des statuts qui, approuvés par  l’empereur Maximilien (1459-1519) et, révisés à Strasbourg en 1563, seront appliqués jusqu’au début du XVIIIe siècle. Le texte originel des Statuts de Ratisbonne a depuis longtemps disparu, mais on en connaît la teneur :

• Le maître doit en toutes circonstances se comporter avec correction envers les compagnons.

• Si un maître vient à entreprendre un travail pour lequel il n’est pas compétent, aucun compagnon ne doit l’assister.

• Aucun maître ne doit vivre ouvertement en concubinage. 

• On ne doit pas accepter dans la communauté un maître qui n’a pas communié dans l’année ou qui ne pratique pas, ou qui gaspille son avoir au jeu. 

• Aucun maître ou compagnon qui n’appartient pas à la communauté ne doit bénéficier du moindre enseignement.

• On n’a pas le droit de recevoir de l’argent en rétribution de l’enseignement que l’on dispense, mais rien n’empêche d’ensei­gner gratuitement à tous ceux qui désirent s’instruire. 

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1459 - Les Statuts de Ratisbonne (2)

Suite des Statuts de Ratisbonne :

• Le maître ne doit engager aucun compagnon qui mène une existence dissolue, ou qui vit avec une concubine, ou qui ne se confesse pas une fois l’an et ne communie pas, ou qui gaspille son gain au jeu.

• Aucun compagnon itinérant qui est en place ne doit dire de mal de son employeur ni porter atteinte à son honneur.

• Quand un compagnon itinérant quitte le chantier, il ne doit laisser ni dette ni sujet de plainte. 

• Si un maître ou un compagnon de la communauté tom­be malade et ne peut subvenir aux frais de ses soins, la communauté lui doit aide et soutien et, s’il est sans ressources, lui prêter l’argent nécessaire pour les soins qu’il s’engagera à rembourser par la suite. 

• Aucun maître ne doit engager un apprenti qui ne soit marié. Et il y a lieu, en outre, de lui demander si ses père et mère sont mariés.

• Si un apprenti se conduit mal au point de vue sentimental et en dehors du mariage, il doit perdre le bénéfice de ses années d’apprentissage.

• Si un maître, un compagnon ou un apprenti a enfreint le règlement, il doit se soumettre avec obéissance à la sanction. Si l’un d’eux s’y refuse, il doit être exclu de la communauté.

Pour comprendre l’intérêt et l’importance des statuts de Ratisbonne dans la vie des tailleurs de pierre et des maçons strasbourgeois, il faut se souvenir que la ville « libre » de Strasbourg n’a été intégrée dans le royaume de France qu’en 1681, sous le règne du roi Soleil.

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© Guy Chassagnard - Auteur du : Petit Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie

(Éditions Jean-Paul Bertrand - Alphée, 2005).

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