Chronique 31


1410 - Le Manuscrit Matthew Cooke

Placé au second rang des « Anciens Devoirs », le Manuscrit Matthew Cooke, du nom d’un éditeur londonien qui en publia la transcription, en 1861, se distingue de son prédécesseur, le Regius, sur bien des points ; malgré qu’il ait été écrit dans la même région des Midlands, dans la même langue anglaise, et à quelques années près, à la même époque. 

On s’est longtemps plu à dire que le Regius avait été rédigé entre 1370 et 1450 ; on date plus communément, mais sans assurance formelle, le Cooke de l’an 1410. 

De 1390 (Le Regius) à 1410 (Le Cooke), de nombreux bouleversements politiques et militaires ont marqué la vie des sœurs ennemies, l’Angleterre et la France. En Angleterre, le roi Richard II (1367-1400) a été destitué en 1399 par un cousin devenu roi sous le nom de Henri IV (1363-1413). En France, règne toujours Charles VI (1368-1422) mais qui, de Charles le Bien Aimé, est devenu Charles le Fol (fou). Entre l’Angleterre et la France se poursuivent les combats de la Guerre de Cent Ans, provoquant des souffrances analogues de part et d’autre de la Manche.

Le Manuscrit Cooke, à la différence du Regius, se présente sous la forme d’un long texte en prose : l’original, qui se trouve hébergé par la British Library, à Londres, est un recueil de 68 pages de vélin, de format 8,5 cm x 12 cm. Si l’on prend en considération sa structure, sa teneur et son style, on peut dire qu’il a été rédigé par plusieurs personnes – vraisemblablement des clercs religieux – et qu’il a incorporé des pans entiers de documents plus anciens.

En composant son Livre des Constitutions, James Anderson, s’est inspiré, à n’en point douter, du Manuscrit Cooke, qui a par ailleurs marqué tous les Anciens Devoirs postérieurs.

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1410 - Le Manuscrit Matthew Cooke (2)

- Tout maître doit être compétent et loyal envers le seigneur qu’il sert, disposer de ses biens loyalement com­me il le ferait des siens propres.

- Aucun maître ne prendra d’apprenti pour une durée inférieure à sept années, parce que celui qui aurait un service plus court ne serait pas à la hauteur de son art.

- Aucun maître ne prendra d’apprenti, né de sang servile, car le seigneur, à qui il est asservi, l’enlèverait à notre métier et l’emmènerait avec lui hors de la loge.

- Aucun maître ne donnera plus qu’il ne mérite à son apprenti pendant son apprentissage, afin d’en tirer profit, ni pas assez pour que le seigneur du chantier où il travaille puisse tirer lui-même profit de son enseignement.

- Aucun maître, par avarice ou âpreté au gain, ne prendra d’apprenti qui soit difforme, c’est-à-dire ayant quelque défaut qui l’empêche de travailler comme il le devrait.

- Aucun maître ne devra en supplanter un autre car il est dit, en Maçonnerie, que nul ne finirait aussi bien un travail entrepris par un autre, à l’avantage de son seigneur.

- Celui qui entend embrasser l’art en question, doit d’abord aimer Dieu et la Sainte Église, et tous les saints, et son maître et ses compagnons comme ses propres frères.

- Il doit accomplir loyalement son travail de la journée pour lequel il reçoit son salaire.

- Il doit tenir secret l’avis de ses compagnons en loge, ou en chambre, et partout où les maçons se retrouvent.

- Il ne doit pas convoiter la femme, ni la fille, de ses maîtres, ni de ses compagnons ; ni entretenir de concubine.

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© Guy Chassagnard - Auteur de : Les Annales de la Franc-Maçonnerie (Éditions Jean-Paul Bertrand - Alphée, 2009).

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